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La misère de notre temps, ou la prison dorée du paraître

Voici un petit article, déniché au détour d’un forum anar. Il parle de ce que nous constatons tous tous les jours, sans jamais oser le dénoncer, de peur de sortir du moule de gentil « Rhinocéros ». Que dire d’une société qui vend l’innocence de ses enfants? Qui les écrase sous un masque de « paraître » d’une exigence invraisemblable, alors même qu’ils devraient encore échanger des billes et faire des châteaux de sable? Que dire de ces poupées de chair à qui l’on n’ouvre guère d’autres porte que celles du panthéon des objets sexuels? Qu’est-ce que notre génération aura retenu des luttes de nos prédécesseurs féministes?

 

Les rhinos de Ionesco

 

Ionesco et ses rhinos

« Elles arrivent en classe en minishorts et leggings moulants, ch

eveux lissés. A la récré, elles ne lâchent pas leur sac à main griffé, pianotent sur leur iPod, les yeux dissimulés sous leur grosse paire de Ray-Ban. Ne leur parlez pas de cartables ou de robes à smocks, elles ne savent pas ce que c’est. Elles ne connaissent que les minirobes à dentelle et froufrous de chez Jennyfer ou H&M. « C’est une véritable épidémie ! se désole une jeune prof de français de la région parisienne. Parfois, on se demande si elles n’ont pas redoublé trois fois tellement elles font âgées. « 

 

Léa, 11 ans et demi, est l’une de ces créatures mi-femme, mi-enfant qui pullulent dans les cours d’école. Face au miroir, elle scrute ses jambes un peu trop maigres, sa poitrine un peu trop plate et ses hanches de gamine.  » A cet âge, ils ont de ces complexes !  » s’attendrit sa mère, mi-excédée, mi-ravie devant les minauderies de sa chérie. Il y a d’abord eu les  » poils », le fin duvet qui recouvrait ses jambes, et qu’elle a insisté pour épiler. Ensuite les cheveux : « Elle voulait des mèches blondes.  » Et puis le maquillage. « Toutes ses copines le faisaient. Alors…  » Alors ? Sa mère a cédé. » Tant que ça ne fait pas vulgaire « , se justifie-t-elle. Léa pose, bouche en cul de poule, devant la cabine d’essayage.

Toute trace de sa fraîcheur enfantine a disparu, mangée par les couches de fond de teint et les traits de crayon noir autour des yeux. Où sont passées les petites filles ? Dès 6 ans, elles réclament un deux-pièces pour la plage, minaudent sur les photos de classe et se trémoussent comme la chanteuse colombienne Shakira.

A 10 ans, elles rêvent de se faire tatouer et voient leurs premières images coquines en cachette avec les copines.

 Boite à bites, le modèle à suivre

 La boîte à bites, l’icône féminine par excellence

Ados avant d’être pubères

A 12 ans, elles se font faire des « épilations intégrales » et affichent sur leur profil Facebook des photos d’elles à moitié nues. Les psychiatres et sociologues sont unanimes : les enfants sont ados de plus en plus tôt, plongés de plus en plus vite dans un univers ultrasexualisé (voir encadré). « Aujourd’hui, il n’est pas rare de voir des fillettes de 10 ans déjà formées, constate le professeur François Gouraud, chef du service pédiatrie au CHU de Meaux. Cela crée une maturation sexuelle plus précoce chez les fillettes.  » Mais les changements physiques ne sont pas les seuls en cause. Pour le sociologue Michel Fize (1),  » l’adolescence est culturelle et psychique avant d’être biologique, et commence bien avant l’entrée au collège ». En clair : en 2011, on est ado avant même d’être pubère. La période chère aux disciples de Freud, dite de « latence « , parenthèse enchantée où l’enfant, studieux et obéissant, se préparait gentiment à grandir, se rétrécit comme peau de chagrin.

 

Hyperstimulé dès le berceau par ses parents, l’enfant d’aujourd’hui évolue saturé d’écrans, connecté au monde 24 heures sur 24. Le soir, il regarde en streaming les séries pour ados américaines et zappe sur les programmes de télé-réalité. Ses idoles ? Les mêmes que ses aînés, de vraies femmes hyperprovocatrices, soumises ou dominatrices, Rihanna, Lady Gaga, Shy’m ou Miley Cyrus, l’ex-lolita de la série ado culte « Hannah Montana » devenue it-girl branchée. Ce sont les Chantal Goya version 2011. Le lapin est plutôt du genre « Play-Boy ». « Des années de luttes féministes pour en arriver là », soupire la sociologue Catherine Monnot (2).

 

Tout est prévu pour piéger les fillettes dans cette voie : les soutiens-gorge rembourrés taille 7 ans, les gammes de maquillage, les ministrings…

Aux Etats-Unis et en Angle terre, des parents ont même découvert dans les rayons enfants une ligne de cosmétiques anti-âge et un kit de barres de pole dance (si, si !)… A Noël dernier, le magazine « Vogue » a mis en scène, pour sa campagne de pub, des petites filles ultramaquillées posant lascivement en talons aiguilles et robes lamées sur des sacs de luxe. Indignés, 200 pédiatres ont signé une pétition dénonçant « l’érotisation et l’hypersexualisation des enfants dans la publicité ». « Dès lors qu’on valorise le sexy à outrance, il n’est pas étonnant que les petites filles veuillent se conformer au modèle dominant », explique Catherine Monnot. Piquer le rouge à lèvres ou les chaussures à talons de sa maman est vieux comme le monde. Ce qui l’est moins, c’est lorsque certains parents eux-mêmes, poussés par leur narcissisme, deviennent complices du travestissement. « En croyant mettre en valeur leurs fillettes, ils les exhibent pour se valoriser eux-mêmes », décrypte le psychiatre Didier Lauru (3). L’enfant-roi devient une projection d’eux-mêmes. Une petite poupée qu’ils peuvent modeler à leur guise.

 

Le délire peut aller très loin, exemple avec cette Anglaise prête à tout pour faire de sa fille la nouvelle lolita des magazines. A 8 ans, sa « petite Britney » a déjà subi de multiples injections de Botox et en redemande. « Avant, ça faisait mal, mais maintenant je ne pleure plus tellement… », explique la fillette au « Sun ». Un cas extrême illustrant la folie qui parfois s’empare des mères. « Ce qui est triste derrière tout ça, soupire le pédopsychiatre Serge Hefez, c’est de voir certaines gamines jouer sur des codes qu’elles ne comprennent pas pour faire plaisir à leur maman. Pourront-elles un jour se positionner autrement qu’en objet sexuel ? »

 

 

Une génération d’enfants perdus :

Margot (4) a 11 ans. C’est une jeune fille timide, sans histoires. Les garçons ? Elle dit qu’elle  » n’a pas encore l’âge ». Mais que, dans sa classe, en 6e, « tout le monde parle que de ça ». Ca ? Le sexe. « La baise. Le cul », comme ils disent. Tout le monde, dans la cour de récré, sait qui « l’a fait  » ou va le faire. Les pros sont vite fichées « putes » : ce sont celles qui s’enferment dans les toilettes avec des garçons. Les « filles à réputation », Margot les méprise. Mais, dans son collège, mieux vaut encore être une pute qu’une « bolosse » ou un « cas social », ces filles un peu ternes à qui personne ne parle. « N’avoir jamais eu de petit ami, ça, c’est vraiment la honte », soupire-t-elle. Sur les forums adolescents, on se plaint déjà de sa misère sexuelle : « J’ai 12 ans, je suis en 5e et je n’ai jamais eu de copain de toute ma vie ! C’est grave ? » Sous le pseudo  » Petite-Miss », une plus grande, 14 ans, interroge : « Pensez-vous que la fellation est obligatoire la première fois avec un garçon ? » En CM2, un élève sur deux a déjà vu des images pornographiques.

 

Pour le psychiatre et psychanalyste Patrice Huerre, « c’est une génération entière d’enfants perdus, court-circuités en plein vol vers leur adolescence ». Ce qui se dévoilait par petites touches avant, au hasard d’un magazine, d’un coin de tableau ou d’une cabine d’essayage, survient d’un coup, au hasard d’un simple clic sur internet. Encombrés par ces images sexuelles dont ils ne savent que faire, les enfants tenteraient alors de les évacuer en s’y frottant aussi vite que possible. En faisant un petit tour sur les blogs de Skyrock, on découvre des lolitas de 11 ou 12 ans qui posent, en soutien-gorge, culotte, comme des pros du X. « Je cherche un mec », écrivent-elles. D’autres s’inventent une vie sexuelle imaginaire pour être « populaire ». Laura (4), 11 ans, sage queue de cheval et sac à dos, a prétendu en rentrant en 6e qu’elle avait couché avec plein de garçons, allant jusqu’à décrire que « le sperme ressemblait à du lait ».

 

Etrange norme sociale que celle qui sévit dans les cours de récré : s’afficher si tôt comme une femme d’expérience alors qu’on ne rêve, au fond, que du prince charmant ! Car il ne faut pas s’y tromper : « Bien heureusement, ce n’est pas parce qu’elles en parlent comme des pros que ces petites lolitas passent à l’acte », insiste Patrice Huerre. L’âge moyen des premiers rapports reste le même depuis plusieurs années : 17 ans pour les filles. Selon le psychiatre, plus elles en rajoutent, moins elles en savent. « En exhibant leur corps de presque femmes, elles veulent se prouver qu’elles ne sont plus des gamines. » Et dans vingt ans elles regretteront d’avoir quitté trop vite leur vie d’enfant. »

Au passage, nous vivons dans une société dans laquelle le sexe est si omniprésent qu’on en oublie de baiser. Admettons-le, à force de l’idéaliser, on en vient à le craindre, à en oublier que 99% d’entre nous n’ont rien à voir avec des êtres mésomorphes, on en oublie qu’il n’y a de « bonne » ou de « mauvaise » sexualité que pour les culs-bénis, et pourtant il semblerait que ça soit bon pour la santé.

Allez comprendre!

 

à bientôt,

 

Personne

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